mardi 28 août 2018


TITRE I- Les réformes institutionnelles théoriques annoncées sont des cartes politiques affectées à la consolidation de la légitimité du pouvoir central et charismatique et non au développement économique et à la démocratisation réelle du pays.

Nous assistons depuis une dizaine d’années à un véritable échec de la transition d’une "monarchie absolue" à une "monarchie relative" ou "parlementaire". Avec l’emprise du Roi (en tant que président du Conseil du gouvernement) sur la politique générale du pays et le fonctionnement extra-institutionnel d’un «gouvernement bis» qui nous fait ressortir de temps à autre des "programmes" en déphasage avec la réalité concrète et la capacité budgétaire du gouvernement, nous assistons à la marginalisation de l’institution du gouvernement et du parlement au double niveau de l’élaboration des grands projets et du contrôle du suivi des programmes de développement..

-En résumé, avec l’obligation de désigner les dirigeants de l’Etat au sein des partis politiques incompétents et bureaucratiques, la montée en puissance des lobbys et des holdings privés coiffés par une poignée de familles richissimes, l’affaiblissement de l’institution du gouvernement incapable de s’ériger en véritable instigateur de développement, la mauvaise gouvernance qui frappent les élus locaux et le retour du pouvoir absolue exécutif (marquant le retour de l’article 19 de l’ancienne constitution) épaulé par un gouvernement bis, la «boucle est bouclée». C'est l'immobilisme politique et l'aggravation des mouvements sociaux qui se profilent à l'horizon...
A ce niveau d’analyse structurelle et fonctionnelle, nous pouvons déduire que les réformes constitutionnelles de 2011 en matière de séparation des pouvoirs (Roi, gouvernement, parlement) deviennent obsolètes et sans effets sur la démocratisation et le développement économique du pays..
Plus gravement encore, si la «monarchie exécutive» ne cesse de se consolider depuis 2005, nous avons à relever (en référence à des observateurs étrangers) un «changement de cap à 180 degrés» du pouvoir makhzénien suite à l’espoir ressenti de voir le Maroc politique s’engager dans la voie de la modernité, de développement et de la démocratie au début du nouveau règne qui débute en 2000. En effet, les forces obscures aux visions égocentriques, réussirent à faire de la classe dirigeante du pays une nomenklatura soudée autour des lobbys fonctionnant au sein d’un système clientéliste fermé sur lui même, dont les représentants ne visent qu’à s’accaparer de plus de richesses et à rentabiliser leurs affaires sans se soucier des droits et des attentes du peuple marocain.(1)
Bref rappel : Nous précisons au préalable que l’avènement du nouveau pouvoir, a su parfaitement affecter des initiatives de réformes à des fins de consolidation de la légitimation politique. ; à savoir :

1-Initiative d’élaborer un nouveau code de la famille (مدونة الاسرة) pour créer de nouvelles conditions juridiques au statut à la femme marocaine. Cette réforme fut jusqu’ici un fiasco et aggrava même le drame et les conditions socio-économiques précaires de la femme populaire

2-Initiative relative aux droits de l’homme cristallisée dans le rôle et les actions de la Commission d’Equité et de Conciliation (هيأة الانصاف و المصالحة ). Il s’agit d’une initiative de camouflage des injustices commises dans le passé qui s’est combinée à des opérations de privatisation démesurées des secteurs d’investissement de l’Etat, à la reproduction des opérations de fraude et de malversation financières qui se sont aggravées depuis cette date et qui seront rattrapées par une extension des activités de blanchissement et d’évasion fiscale.
3-la combinaison du programme dit INDH qui a connu un échec flagrant et du lancement des «grands travaux» qui demeurent liés jusqu’ici, soit aux fonds d’investissement étrangers (essentiellement d’origine moyen-orientale), soit à des activités de délocalisation industrielle dont profitent exclusivement les multinationales tels que le groupement Renault installé au nord du pays et les sociétés chinoises qui ont programmé de développer des « bases économiques et commerciales » sur le territoire national sans que ces opérations de délocalisation soient accompagnées de transfert technologique en faveur du Maroc (critère gravissime d’incompétence des élites dirigeantes du pays).
4-L’adoption d’une nouvelle Constitution en 2011 qui a paradoxalement accouché d’une «monarchie exécutive» sans contre-pouvoir au lieu d’une monarchie parlementaire comme le réclamaient le Mouvement du 20 février et ses alliés (Adl Wal’Ihssan, Annahj Addimoukrati, Attaliâa en l’occurrence).
A ces quatre initiatives historiques et sans effets dynamiques sur la vie des citoyens, s’ajoutent la consécration constitutionnelle d’une nouvelle vision de l’amazighité et de sa place dans le tissu socioculturel marocain :
-les directives royales de lier l’amazighité au projet annoncé de développement, de modernisation et de démocratisation du pays inscrit (suivant le discours officiel) dans la «modernité», demeurent jusqu’ici au stade théorique ;
-l’amazigh devient une langue nationale et officielle sans que cette mesure soit suivie d’effets positifs au sein des structures de formation et d’enseignement existantes qui souffrent déjà d’une crise gravissime depuis des décennies;
- l’instauration de l’égalité entre les hommes et les femmes qui est une pure duperie rhétorique et démagogique;
-la mise à niveau (théorique) des droits de l’homme avec les normes internationales qui reste collée au seul texte théorique de la Constitution à l’instar des questions cruciales relatives à la séparation des pouvoirs.

Ce ne sont donc pas des discours et des productions littéraires et législatifs à caractère théorique qui font bouger et réformer les sociétés.
Les Sciences politiques ayant servi d’outils méthodologiques d’élaboration des Constitutions et des différentes institutions démocratiques fonctionnelles en occident (Europe et Etats-Unis en l’occurrence), nous enseignent que la discordance entre l’énonciation constitutionnelle (y compris par un chef d’Etat charismatique et de bonne volonté ) et la mise en œuvre de politique de réformes, constitue durablement un obstacle aux changements structurels et à la mise en œuvre d’une gestion rationnelle de développement, et seule une réelle volonté politique de l’ensemble des acteurs en présence (classe dirigeante, partis politiques, cadres de l’Etat, organisations de la société civile), pourrait permettre de dépasser le caractère théorique de ces énonciations constitutionnelles et juridiques.
A propos des «GRANDS CHANTIERS» (2) : Ils font paradoxalement l’objet d’éloge par les médias officiels et contrôlés par les «groupes de pressions» dont la seule motivation est la consolidation de leur gestion de partage des richesses nationales avec les multinationales et les bailleurs de fonds pétroliers du golf (en dépassement des attributions des pouvoirs publics affaiblis et soumis aux contraintes de l’endettement et des déficits budgétaires et en dehors de toute initiative de résolution des questions sociales cruciales liées aux inégalités, à la pauvreté et au chômage des jeunes ).
Ce qui est encore plus paradoxal, est que l’Etat marocain continue d’acquérir de plus en plus d’armements, alors qu’il souffre dramatiquement d’énormes déficits budgétaires l’obligeant à octroyer des emprunts auprès des institutions internationales pour honorer le paiement des salaires et des retraites des fonctionnaires, au moment même où les familles richissimes continuent à s’accaparer de plus en plus de richesses nationales au détriment du peuple marocain. Il faut préciser, que c’est le peuple qui supporte exclusivement les charges du budget de fonctionnement de l’Etat et des montants faramineux relatifs aux acquisitions des armes qui ne seront jamais utilisées contre le voisin algérien, encore moins contre des ennemis potentiels tel que Israël.
Dans tous les cas de figure (acquisition du satellite ou des armes sophistiques et extrêmement chères), il ne s’agit pas d’acquisition accompagnée d’un transfert technologique en faveur du Maroc.













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