samedi 29 septembre 2018



A- La modernité en tant que stade de développement démocratique à caractère universel et non un thème de référence occidental :

La prise en compte du concept de «modernité» nous impose de formuler trois précisions d’ordre méthodologique, à savoir :
1-)La modernité n’est pas retenue comme référence politique et idéologique occidentale : l’occident n’a pas le monopole des valeurs constitutives de la modernité telles que la tolérance, l’égalité, la justice sociale qui fondent en principe les droits de l’homme puisque avec l’avènement des prises de position et des sentiments xénophobes, islamophobes et discriminatoires, les régimes politiques dits «démocratiques» continuent malheureusement de permettre la reproduction des imperfections d’ordre politique et médiatique qui le sanctionnent sévèrement . Ils s’ajoutent à la gestion locale de marginalisation et de discrimination à l’égard des populations immigrées et aux politiques de complicité et d’indifférence orchestrées par des régimes politiques occidentaux se réclamant de la «démocratie» et des droits de l’homme à l’égard des peuples en lutte contre :
- les régimes despotiques (Intifada arabe) ;
- l’occupation de type colonial (Palestine) ;
- les politiques génocidaires (minorités musulmanes en Tchétchénie et au Myanmar).

2)-La modernité est ainsi retenue comme un élément de comparaison et non comme un modèle de référence de type occidental : 

L’islam a ses propres références philosophiques et l’intellectuel musulman ne doit en aucun cas se soumettre à la colonisation de la pensée occidentale qui lui impose de ne réfléchir que par rapport à ses propres normes politiques et idéologiques, à défaut il se trouve taxé d’ «islamiste», voire de «terroriste» !

3-)La modernité est un stade de développement qui réalise et réunit les valeurs humaines à caractère universel de droits de l’homme, de justice, d’égalité, de tolérance et de rapprochement entre les peuples et cultures.

En dehors de la problématique du «changement» (ou mutation) que les élites intellectuelles arabo-islamiques n’arrivent pas à appréhender et à assimiler équitablement au double plan politique et philosophique, la question de «développement» (en tant qu’ensemble d’actions qui fait passer une collectivité d’un type de société à un autre, défini par un degré plus élevé d’intervention sur elle-même et une maîtrise réelle des sciences et techniques..), demeure mal posée, en raison de l’abandon du volet rationnel du patrimoine, à l’origine de l’immobilisme politique et de la paralysie de l’intelligentsia représentative du monde de l’islam.
Cette double imperfection a indéniablement contribué à la reproduction permanente de l’idéologie officielle de l’obéissance engendrant ainsi un décalage irrémédiable des élites intellectuelles et politiques aussi bien par rapport à l’esprit du haut raffinement et de tolérance (de l’islam) que par rapport à l’essence de l’esprit critique ( d’origine occidentale) qui marqua les débats philosophiques entre les représentants de la «modernité» et de la «postmodernité», voire de l’ «hyper-modernité».(NOTE 1)

B- Les facteurs de distorsion : La montée du despotisme politique et de l’intégrisme religieux en terre d’islam et la consolidation de l’idéologie ethnocentriste et totalitaire de domination en occident.

Comme nous l’avons expliqué dans un précédent ouvrage (NOTE 2),
Se sont essentiellement les imperfections et les déviations ( à caractère idéologique et politique ) des deux systèmes de pensée, qui sont à l’origine du gâchis, du malentendu et des guerres ouvertes et froides subies par les deux mondes (de l’islam et de l’occident) et qui ont atteint leur paroxysme avec le développement des intégrismes :
*islamiste (obscurantiste, despotique et intolérant) d’un côté, et
*occidental laïciste (ethnocentriste , islamophobe et xénophobe) de l’autre…
Les imperfections sont à relever aussi bien du côté de l’islam tel qu’il est vécu et défendu au sein des sociétés arabo-islamiques que du côté de la pratique politique et du discours médiatique qui règnent en occident.
Nous croyons fermement à la possibilité de dépasser les clivages qui divisent le monde de l’islam et l’occident, le jour où les deux mondes comprendraient que les bases et les résultats des sciences fondamentales et les fondements de la démocratie, de la tolérance et des droits de l’homme, ne sont ni exclusivement d’origine orientale ni exclusivement d’origine occidentale, mais des vertus immuables à caractère universel !
L’aveuglement des dirigeants musulmans consiste à se contenter exclusivement de la recherche de solutions aux problèmes du présent dans un «patrimoine» (subi, non maitrisé et non compris) et réhabilité à partir du passé, au lieu d’admettre le changement, l’adaptation et l’innovation qui sont plus que nécessaires à une intégration (et non à l’assimilation) rationnelle dans le monde de la modernité.
Les dirigeants musulmans doivent contribuer au dialogue entre cultures et au développement d’une civilisation mondiale et universelle, innover une signification spirituelle aux mutations qui s’annoncent et contribuer à l’enrichissement mutuel des différentes conceptions du monde, au lieu de se cantonner dans la conviction d’un islam autosuffisant, introverti et sans ouverture sur les sciences et les cultures.
L’islam redéfini et réorienté depuis au moins le douzième siècle, n’est pas seulement en décalage par rapport aux valeurs universelles du progrès, mais il est en retard par rapport à son propre histoire. La non maitrise et l’incompréhension de l’histoire et de la riche civilisation de l’islam se cristallise dans l’abandon progressif des apports philosophiques et scientifiques qui furent développées au temps de l’âge d’or arabo-islamique, à savoir :

1°)- Les premiers innovateurs (de l’islam) de la Rationalité Universelle et de la «démocratie islamique» ( patrimoine politique et moral hérité des «Khalifes bien guidés» ( -خلفاء الراشدون -) ;
2°) – L’Ecole de pensée philosophique classique initiatrice de la neutralité de la raison philosophique vis-à-vis de la raison religieuse ( De Alkindi à Ibn Khaldoun en passant par Ibn Roshd et les «péripatéticiens arabes»( المشا ئين العرب) fondamentalement, rationalistes et aristotéliciens de l‘occident musulman ( IbnRoshd, IbnTofayl, IbnBaja, IbnMasara…..) ;
3°)- Les apports arabo-islamiques classiques en matière de sciences fondamentales et de sciences exactes : IBNOU SINA ; AL-KACHI ; ABU’L-LAYATH ; AL Kûhi ; ABOU ALWAFA; ABOU KAMIL ; OMAR KHAYAM ; MOHAMED B. MUSA AL-KHAWARIZMI ; AL-BATANI ; ABOUL-wafa ; ALHASAN B. AL-HAYTHAM ; Kamal ADINE AL-FARISSI etc.
4°)- Les fondateurs du réformisme de la Renaissance ( J. A. Afghani, A. Alkawakibi, M. Abdou.) ;
5°)- et les récentes innovations philosophiques élaborées par les représentants des Ecoles de pensée contemporaines prônant la «reconstruction» et le renouveau» de la pensée arabo-islamique (Tayeb Tizini, Bourhan Ghalyoun, Mohamed Arkoun, Mohamed Abid Aljabri, Hassan Hanafi, Zaki Najib Mahmoud, Yaârab Elmarzouki, Abdelmajid Chorfy, Hicham Djait), entre autres…

De même que les deux versions de l’islam ( shiite et sunnite) n’eurent pas généré la distinction nettement opérée entre la «philosophie» et la «théologie» (ou philosophie scolastique incarnée initialement par Ilm Alkalam) et ce, malgré la percée méthodologique innovée par Ibn Roshd ) contrairement au processus de «sécularisation» développé en occident qui conduisit à la séparation du l’église de la réflexion des lumières et de la sociologie politique (processus de laïcisation des champs politique et économique) !
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(NOTE 1) 

Si la «modernité»(الحداثة) est issue de la philosophie des Lumières (Locke, Kant, Spinoza, Rousseau, Montesquieu, Descartes, Hegel), la «postmodernité»(ما بعد الحداثة) a connu deux étapes : la première , marquée par les apports critiques de Nietzsche et de Heidegger ( remise en cause la «volonté de puissance» du rationalisme occidental, engendrant des imperfections tels que : le colonialisme, le racisme, l’ethnocentrisme, le fascisme, l’antisémitisme), et la deuxième marquée par les critiques formulées par Foucault, Darida, Léotard, Vatimo ainsi que par les philosophes de l’Ecole de Francfort tels que Adorno et Habermas. Alors que l’hyper-modernité ( الحداثة الزائدة) entamée par Lipovetsky et Marc Augie qui relèvent l’importance que prend l’individualisme dans une société plus libertaire et plus critique à l’égard de la mondialisation accélérée, annonce l’amorce des risques liés : à la «fin de l’Histoire» (نهاية التاريخ ) , au temps chaotique (ازمن فوضوي وأعمى), à la catastrophe nucléaire (كارثة نووية), à l’emprise sur les Libertés des technologies d’Information et de Communication et à la révolution des nouveaux besoins

(NOTE 2) 

« L’islam : en tant que système de croyance et Etat, que science et philosophie… "دين و دولة- علم و فلسفة"- septembre 2015 .



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