samedi 25 avril 2020



Nécessité posée de séparer méthodologiquement le religieux, le politique et le culturel

Il faut tout d’abord rappeler que tout au long de l’histoire de la domination arabo-islamique, l’identité amazighe fut brimée et niée pour le besoin d’une reproduction permanente d’une «identité culturelle» centrée exclusivement sur l’arabité (NOTE 1).
Au Maroc, depuis 2011, seuls les droits linguistiques (NOTE 2) sont reconnus à travers leur consécration constitutionnelle qui se conjuguent à la généralisation (en cours) de l’enseignement de la langue amazighe et de son intégration formelle dans les espaces médiatiques.
Les vaines tentatives de la promotion de la langue amazighe dans la presse écrite, la radio et la télévision (sur la base d’un programme mal encadré, obsolète et dépourvu d’une suffisante dotation de ressources financières et humaine pour la promotion du patrimoine linguistique, culturel et artistique amazigh), ainsi que la médiocre performance de son enseignement, ont conduit à des résultats médiocres, voire à un véritable fiasco : les problèmes posés et les obstacles dressés à la promotion et à l’enseignement de la langue amazighe).
Si le passage de l’espace culturel à l’espace politique (engendrant souvent une politisation des revendications à caractère culturel) devient nécessaire pour certaines associations de défense de la culture amazighe, cela n’empêche pas le développement des distorsions et des discordes graves entre les défenseurs maghrébins de l’amazighité qui ne sont pas étrangères aux problèmes d’ordre géopolitique posés entre les deux pouvoirs algérien et marocain.

L’exemple des divergences intervenues au sein du Congrès Mondial Amazigh (unifié) qui s’est scindé en deux entités (le CMA-Congrès Mondial Amazigh– االمؤتمر العا لمي الامازيغي- d’un côté, et l’AMA (Assemblée Mondiale Amazighe -التجمع العا لمي الامازيغي- ex-CMA dissident et issue du 6ème Congrès tenu à Bruxelles de l’autre) ne fait qu’aggraver les imperfections enregistrées en matière de reconstruction et de valorisation de la culture et de la langue amazighes.

Il est à préciser aussi, que du point de vue méthodologique, le traitement de la question Amazighe ne doit pas être cloisonnée entre la pesanteur idéologique «nationale» (sur fonds d’une hiérarchisation linguistique en faveur de l’arabe en tant que «langue du dominant -لغة الغالب- ) d’un côté, et un amazigh défini théoriquement en tant que «langue nationale officielle» de second ordre, et qui fait durablement l’objet (au sein des structures administratives et des espaces médiatiques) d’«amazighophobie»(NOTE 3) exprimée par une partie dominante des élites politiques «arabophiles» de l’autre.
De même que la culture amazighe ne peut être appréhendée comme produit exotique d’une vision conservatrice en vogue (prônant un attachement excessif à l’«authenticité» et au «patrimoine») sans pouvoir l’intégrer à l’identité composite de la société marocaine suivant ses apports africain, amazigh et arabo-islamique.
Quant aux forces politiques marocaines dans leur ensemble (nationalistes, de gauche ou de droite), elles n’ont malheureusement jamais réussi à inscrire la question de l‘amazighité dans leur programme au temps de la résistance contre le colonialisme ou au stade de l’indépendance en tant que partis politique d’opposition (à l’exception du mouvement dirigé par Mohamed Abdelkrim Alkhattabi qui eut le génie de concilier la lutte pour l’indépendance et le combat pour la préservation et la valorisation de l’identité amazighe.
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(NOTE 1) 

le sentiment amazighophobe est ressenti chez les élites du Parti de l’Istiqlal et du PJD. En effet, Benkirane n’avait pas mâché ses mots en 2011 quant il désignait l’écriture amazighe (TIFINAGH) de «graphie incompréhensible» et d’«alphabet chinois», voire «étrangère au patrimoine marocain», alors que la tamazighte serait la langue maternelle de plus de 60% des Marocains.

(NOTE 2)

Le droit international en la matière assure aux peuples les droits linguistiques à travers :-La Déclaration Universelle des Droits linguistiques, Barcelone 1996 ; -La Convention Contre la Discrimination en Education, UNESCO, décembre 1960;
-Le Pacte International relatif aux droits civils et politiques, décembre 1966 .

(NOTE 3) 

Mohamed Chafik : «l’amazighophobie s’est presque érigée en doctrine d’Etat». En 1978, dans un rapport adressé au gouvernement, Chafik posa « la nécessité de la promotion de la langue amazighe et son enseignement à l’ensemble des marocains » aux niveaux primaire, secondaire et supérieur ; En 2000, il donna un ton fort aux revendications des Amazighes avec la rédaction du «Manifeste berbère» (signé par plus d’un million d’activistes) portant les revendications principales suivantes: L’ouverture d’un dialogue national autour de l’amazigh ; la reconnaissance constitutionnelle de l’amazigh comme langue nationale officielle ; le développement économique des régions amazighes ; L’enseignement de la langue amazighe ; La réécriture de l’histoire amazighe ; La valorisation de l’amazigh dans les mass médias officiels ; la valorisation des arts amazighs ; l’encouragement des associations ainsi que de la presse amazighes en reconnaissant leur utilité publique et leur accordant le soutien financier et logistique etc. Mohamed Chafik fonda la revue Tifawt qui traite les différents aspects de la civilisation amazighe

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