samedi 25 avril 2020



Esquisse d’une «relecture» de l’histoire des peuples amazighs et de leur liens indéfectibles avec la pensée politique arabe :

Que ça plaise ou non aux défenseurs fervents amazighophobes et négationnistes de la culture amazighe, et sans chercher à faire de l’amalgame ou à créer la polémique, nous devons préciser que ce que nous cherchons à montrer méthodologiquement en matière de «relecture» de l’histoire amazighe (à travers l’analyse des concepts de culture, de civilisation et d’identité culturelle), est que les motivations qui alimentaient fondamentalement la domination arabe sur les communautés amazighes du grand Maghreb, sont de même essence (philosophique et politique) que les idéologies qui furent au fondement de la domination romaine antérieure et de l’expansion colonialiste occidentale postérieure (de nature ethnocentriste) qui s’est imposée partout dans le monde à l’occasion du partage territorial du globe entre les puissances impérialistes à partir de la fin du 19ème siècle.
Les points communs à ces formes de domination sont évidentes et non équivoques puisés dans la définition académique de la domination coloniale : il s’agit d’un processus d’expansion territoriale qui se caractérise sous la forme d’une occupation plus ou moins rapide voire d’une invasion brutale d’un territoire. Il s’accompagne d’une marginalisation, d’une réduction, voire de massacres ou -et dans les cas extrêmes- de génocide des populations soumises à la domination. Le principal but est l’exploitation d’avantages matériels, humains et géostratégiques (matière première, main-d’œuvre, position stratégique, espace vital, etc.) d’un territoire au profit de la puissance occupante. Elle se base généralement sur un discours axé sur la «mission civilisatrice» pour justifier la domination économique, politique, culturelle, religieuse etc. Pire, trois mots clés furent au fondement des motivations de l’expansion arabe au Maghreb: le territoire, les richesses matérielles et les hommes et les femmes amazighs convertis en esclaves. Les grands spécialistes de l’histoire de la domination arabe, ont unanimement rappelé et confirmé l’exploitation massive de ces trois sources d’enrichissement économique et de jouissance psychologique par les dirigeants politiques et militaires arabes. Concernant la «traite des hommes et des femmes amazighes», et selon des grands historiens de l’époque (tel que l’auteur du IXème siècle Zaydan), les chefs de tribus berbères qui ne pouvaient pas s’acquitter de l’énorme tribut («jizya») imposée par les dirigeants arabes, se trouvaient obligés de leur offrir leurs fils ou leurs filles, voire de les vendre, puisque la puissance occupante permettait la convertibilité de ce tribut en esclaves. Il s’agissait selon l’Evariste Lévi-Provinçal cité par Roger Botte, d’une «chasse délibérée afin de satisfaire la demande omeyyade puis âbbasside en esclaves, en particulier en jeunes filles berbères, réputées d’une beauté sans pareil». Selon Mohammed Talbi, quatre cent quinze mille Berbères auraient été réduits en esclavage au cours des soixante-dix ans de domination de Okba Ibn Nafiâ, de Hassan Annouâman et de Moussa Ibnou Nousair.
A titre de rappel, la renaissance arabo-islamique au temps des Omeyades (à partir du 8ème siècle) s’accompagnait d’une prise de possession des nouvelles terres au moyen orient, en Asie et au Maghreb. Dès le début du 8ème siècle, un premier mouvement d’expansion territoriale débouche sur la constitution d’un empire arabo-islamique qui s’étendait de l’Andalousie à l’Asie du sud Est. Dans ce cas d’espèce, la dimension religieuse (ou plutôt de l’idéologie politique religieuse) du cycle colonial arabe, fut un élément central dans le processus de légitimation de l’expansion. Si les motivations sociales, politiques et économiques sont plus importantes, le discours religieux (essentiellement incompatible avec la philosophie politique coranique) occupait une place hautement significative de premier plan.
Dans le cas de l’expansion arabe au Maghreb, nous avons au moins trois raisons de soutenir et d’affirmer un tel constat amère (incompatible avec la conception de l’histoire officielle telle qu’elle est diffusée et enseignée au sein des sociétés dites arabes), à savoir :
1- Les communautés amazighes furent longtemps privées et écartées de la transmission du savoir, des traductions des pensées philosophiques, des acquis scientifiques, techniques et artistiques issus du niveau de développement réalisé antérieurement au temps de l’âge islamique. Sauf une poignée d’amazighs (Ibn Khaldun / Ibn Roshd /, Abbas Ibn Firnas médecin, chimiste, musicien et poète, / Nur Ed-Din Al Betrugi -1204, de Al Andalus : astronome et physicien en l’occurrence) devinrent des penseurs-chercheurs de haut niveau en raison de leur position sociale proche des cours impériales du moyen orient et de l’Andalousie. Il fallait attendre l’avènement des Etats berbères almoravide et almohade (11ème et 12 siècle grég.), pour que des penseurs amazighs soient valorisés et reconnus. On assiste par exemple (au temps des Almohades) à la création des centres de formations et des Ecoles dans divers domaines (théologie, Philosophie, sciences etc.), et des bourses d’études furent accordées aux étudiants. L’encadrement de ce programme de formation et de recherches avait été confié au grand philosophe Ibn Roshd vers 548H. / 1153 G. De même que les grands penseurs de l’époque (dont le maitre d’Ibn Roshd, Ibnou Toufyl ), furent reçus et honorés par la cour almohade, particulièrement à Marrakech.
La traversée du désert des intellectuels berbères prit de l’ampleur d’une manière continue pendant cinq siècles (du 16èmeau 20ème siècle) avec l’avènement des dynasties arabes d’obédience omeyyade (les Saâdiens et les Alaouites) jusqu’au lendemain de l’indépendance.
2- Deuxième raison : Le mode de production dominant au cours de l’expansion arabe était basé sur l’accaparement de plus de terres, l’extorsion du surplus, le prélèvement des différentes formes de taxes qui s’ajoutent à la «jizya»), et la mise en esclavage d’une partie de la population amazighe par le feu et les armes sans aucune contrepartie.      
3- Troisième raison : Si le concept de civilisation symbolisait  dans la pensée ethnocentriste occidentale (au temps de la colonisation) le sentiment de supériorité de l’Occident» sur l’Afrique et l’orient, au Maghreb amazigh (passé sous la domination arabe), la notion de «civilisation» symbolisait le sentiment de supériorité de la culture et de l’idéologie arabes sur le Maghreb amazigh.

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